Lundi, 13 Juillet, 2009

Mosin-Nagant 1891-1930 (fabrication 1943) – Le Fusil Russe de Trois Lignes

Malgré sa conception de la fin du 19è siècle, il a tenu magnifiquement son rôle Il a été le fidèle compagnon du soldat soviétique jusqu’à la fin de cette terrible guerre de 39-45 qui a sévi durement dans l’Est de l’Europe.

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La Russie, en 1877, rouvre les hostilités contre la Turquie, avec la bénédiction de Londres et de Paris. L’Europe est écoeurée par les actes de barbarie commis par les Turcs contre les populations qui se sont insurgées, au Monténégro, en Bulgarie et en Serbie. Les divers communautés chrétiennes ont le plus souffert.

mosinnagantCoûte que coûte, il faut prendre Plevena pour accéder au Balkans. Les Russes, après plusieurs assauts infructueux contre les positions turques, se trouvent repoussés. A la quatrième offensive, les armées impériales arrivent à prendre position ; elles sont armées du fusil Berdan n°2 monocoup. Elle avancent en courrant vers les retranchements turcs, pensant que tout est gagné ! A environ 100 mètres, les Winchesters modèle 1866 en calibre 44 Henry, touchées il y a peu de temps auparavant et gardées bien cachées, rentrent soudainement en action. Les soldats russes se font taillés en pièces et sous une grêle de balles sont obligés d’abandonner le champs de bataille. Pour la première fois, l’armée du Tsar vient d’être confrontée à la puissance de feu d’armes à répétition, à levier de sous-garde. On dénombrera environ 7.000 morts du côté russe.

Le 11 septembre 1877, une dernière attaque russe est lancée sur les positions turques, et de nouveau les Winchesters font leur travail exterminateur. 16.000 hommes restent au sol. Pour la Russie ce désastre sonne le glas des armes à feu à un coup. Les troupes russes n’insisteront plus, elles mettent le siège devant cette ville. Trois mois plus tard, la faim a fait son œuvre. Les Turcs n’en peuvent plus, ils tentent une sortie, mais les Russes sont là avec des renfort considérables en hommes et en matériel. Le 10 décembre 1877, Plevena tombe.

Des recherches expérimentales ont lieu, mais sans lendemain

Chez les militaires de haut rang, la vie humaine n’ayant pas grande valeur, on traîne les pieds. On pense plus à la dépense excessive de munitions et au coup très élevé que cela va engendrer, qu’à la vie des soldats qu’un fusil à répétition pourrait mieux protéger.

On va quand même doter quelques Berdan n°2 de chargeurs, pour effectuer des essais qui hélas resteront sans lendemains. Il ne faut pas oublier que nous sommes encore à l’erre de la poudre noire, et que les armes à répétition construites dans d’autres pays posent problème par un encrassement très rapide. J’ai expliqué très souvent ce phénomène, la réduction des calibres et le bon fonctionnement des armes à répétition à culasse mobile ne purent voir le jour qu’après l’invention de la poudre de Vieille en 1884 ; qui elle ne présentait plus les désagréments de ladite poudre noire.

La Russie est hors-course avec son vieux fusil, l’armement léger est à revoir entièrement

Plevena a fortement marqué cette nation, ainsi que cette guerre contre les Turcs, 1877-1878. Les autorités supérieures, le haut état-major russe sont enfin d’accord pour moderniser l’armement de l’infanterie, qui ne répond plus au besoin de l’époque (les fusils ne sont plus dans le coup, ils sont devenus d’un autre âge comparativement au suréquipement d’autres pays). Militairement, la Russie ne fait plus le poids, elle risque la catastrophe à tout moment.

ammoCertaines armes existantes furent transformées en fusil à répétition. Mosin propose un modèle en 1885, en calibre 10,67 mm, mais il est trop important, la poudre moderne est là depuis 1884, ce qui permet, comme je vous l’ai dit un peu plus haut, fini l’encrassement provoqué par la combustion de la poudre noire : donc possibilité de la réduction des calibres. La recherche doit s’orienter dans cette direction et surtout pas ailleurs. Le temps presse, il faut faire très vite pour trouver une solution, afin que la Russie comble son retard, et se retrouve militairement sur le même pied d’égalité que beaucoup d’autres pays qui peuvent un jour devenir des ennemis potentiels.

(Je vous éviterais, amis lecteurs, toutes les inventions d’armes en tous genres qui virent le jour en ces heures difficiles. Prototypes qui ne furent retenus par les commission du haut état-major, ne répondant pas au espérances de ce dernier. J’irai droit au but avec la fusion de Nagand et de Mosin.)

Deux frères, armuriers d’exception, Emile et Léon Nagant

La deuxième moitié du 19è siècle est l’époque de grand bouleversement pour l’armement militaire léger. L’invention de la poudre sans fumée a tout remis en question. Les armes à poudre noire sont déclassées, à l’avantage de nouveaux fusils.

Emile et Léon, ainsi que Charles et Maurice Nagant, rompent avec la tradition liégeoise du moment. En cette fin de siècle, Liège est le plus grand centre armurier du monde. Le travail s’effectue dans une multitudes de petits ateliers qui fabriquent des pièces d’armes bien définies, qui sont dirigées ensuite vers les centres de montage et de finition.
Les Nagant, eux, jouent la carte de la mécanisation, gardant quand-même quelques sous-traitants. C’est en 1859 que ce nouveau mode de travail voit le jour et permet, petit à petit, d’accéder à la fabrication d’armes de guerre.

Les Nagant mettent au point un fusil en 8 mm, ainsi que le même chambré en 7,65 belge. Cette arme s’inspire du système Mannlincher avec une culasse à verrou à mouvement longitudinal. Ce verrou comporte deux oreilles. Lorsque la culasse est repoussée vers l’avant, il suffit d’appuyer sur le verrou qui fait pivoter les oreilles dans un logement situé dans le boîtier de culasse, l’empêchant ainsi de s’ouvrit au moment du tir, en lui donnant aussi une bonne étanchéité. Ce fusil est muni d’une sûreté dans le pontet, qui bloque la détente.

Les essais du fusil Nagant (pour la dotation d’un nouveau fusil pour la Belgique):

Durant l’été 1888, le fusil des frères Nagant est présenté pour essais, avec d’autres armes du type Mannlincher, Pieper et Schuldof. Le fusil Schuldof est éliminé très rapidement. Pendant ce temps les Nagant continuent d’apporter des perfectionnements à leur invention en les protégeant par des dépôts de brevets. Tenus au courant pendant l’hiver, de nouveaux venus dans la compétition, entre autres d’un fusil Mauser, nos deux frères s’acharnent pour être les meilleurs et apportent encore des modifications. Cette fois, c’est le boîtier de culasse qui est revu et corrigé. On a l’impression qu’une fièvre folle les anime et que rien ne peut les arrêter, leurs travaux de fourmis continuent, ils vont jusqu’à rendre le métal de leur fusil plus solide par un système de cémentation et de trempe plus élaborée. Puis ils finiront purement et simplement par refaire un prototype.

Au mois d’octobre 1889, la commission tranche, le fusil Nagant est rejeté au profit du Mauser. La Belgique se dote d’une arme allemande pour son armée, plutôt que d’une arme belge. Mais les Nagant n’ont pas dit leur dernier mot. Leur recherche va être plus payante qu’ils ne pouvait l’imaginer!

 Demontage de la culasse mobile…

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1. Présentation
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2. Prendre la culasse comme l’indique le cliché, en tournant l’arrière vers la gauche pour détendre le ressort (attention aux doigts)
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3. Libération de la tête de culasse et de son guide
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4. dissociation de la tête de culasse et de son guide
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5. Tête de culasse, et dans la main droite la tige_guide qui fait office
de clé de démontage
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6. Démontage du percuteur à l’aide de la pièce qui fait office de clé
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7. Dans la main droite, la noix de percuteur
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8. La culasse est totalement démontée. Percuteur et son ressort dans la main gauche, et dans la main droite le corps de culasse avec son levier droit d’armement
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9. Culasse entièrement démontée

Après le camouflet belge, le miracle russe

La Russie est toujours en plein marasme avec son armement léger, la solution semble difficile à trouver. Léon Nagant est très au courant des difficultés que rencontre ce pays, il a une idée qui ne le lâche pas. Il doit se rendre à St Petersbourg. Cette ville, il la connaît bien pour s’y être rendu à plusieurs reprise. Sur place, il aura beaucoup plus d’information, et on ne sait jamais, son fusil dans lequel il a toute confiance pourrait peut-être intéresser le haut commandement militaire. A cette époque, les fabricants d’armes de guerre ont pour habitude de se déplacer là où éventuellement ils pourraient dénicher des marchés juteux.

Léon Nagant a frappé dans le mille. Après de nombreux contacts avec les autorités russes, ainsi que quelques entrevues avec le Tsar, il est enfin mis en relation avec Serge Ivanovitch Mossine. Nagant a toutes les chances, il ne pouvait pas mieux tomber. Ivanovitch Mossine, 1849-1902 est issu d’une famille d’officiers. En 1872, il est diplômé de l’école d’artillerie, il enchaîne avec l’académie d’artillerie et en sort avec le grade de capitaine. Il est nommé à l’arsenal de Toula au sud de Moscou.

Mossine a dans cette usine un petit atelier. Cet homme est un perfectionniste, il travaille sur un projet qu’il a en tête depuis longtemps: la mise au point et la fabrication d’un nouveau fusil, qui, il l’espère, pourrait être la nouvelle arme que la Russie attend. Son fusil est terminé depuis un certain temps quand arrive Léon Nagant.

La création du fusil Mosin-Nagant

(La première chose que les deux hommes vont faire, c’est de procéder aus essais des deux fusils, celui de Mosin, et celui de Nagant.) Puis ils en tirent les conclusions qui s’imposent. Durant plus de deux ans, notre infatigable Léon et le grand Ivanovitch vont œuvrer main dans la main à la création de l’arme russe d’après un cahier des charge très serré qu’une commission a définie. De mauvaises langues, à l’époque, ont dit que tout le travail revenait à Mosin, sans bien connaître le problème qui en réalité est très complexe.

En 1889, quand le fusil Nagant est refusé par la commission du gouvernement belge au profit du Mauser, Léon Nagant va mettre au point un nouveau magasin, une lame chargeur de cinq cartouches pour un chargement ultra-rapide, puis il ne faut pas oublier le transporteur, le système de verrou, en deux mots toute l’alimentation. Appelons un chat un chat, il s’agit bien de la culasse mobile. Je trouve que, pour un homme qui n’a soit-disant pas fait grand-chose sur cette arme et a été décrié en son temps, j’affirme que ceux qui l’ont critiqué ne connaissaient vraiment rien en armurerie. Sans les Nagant, cette arme n’aurait jamais, au grand jamais, pu voir le jour. Un qui l’a bien compris est le Tsar lui-même.

Avec le temps qui passent, d’autres amélioration sont apportées à ce fusil qui fait encore l’objet de différents brevets et sur lesquels je ne veux pas m’étendre. Pour sa collaboration au projet et ses trois brevets, Nagant touche 200.000 roubles-or et Mosin environ sept fois moins. Le 16 avril 1891, ce fusil reçu sa désignation officielle de « fusil de trois lignes modèle 1891 ».

Le Tsar ordonna que le nom des inventeurs ne soit pas mentionné. (Le décret du ministère de la guerre, concernant ce fusil, est daté du 22 mai 1891.) Pour ceux qui ne le savent pas, la ligne russe est une unité de mesure, elle correspond à 2,54 mm, ce qui, multiplié par 3, donne un calibre de 7 ;62 mm.

La fabrication du trois lignes

slide_open_ammoLe cahier des charges exige que toutes les pièces d’un fusil à un autre soit interchangeable sans le moindre problème.

Pour la construction de cette arme, il a été calculé que l’usinage comporte environ 1100 opérations. Ce nombre fait trembler les arsenaux. Je passerai sur les détail de mise en route desdits arsenaux qui durent transformer les machines et en faire refabriquer d’autres.

Le nombre d’armes produites fut fixé à 500.000 par an entre Toula, Ijievski et Sestroretsk. Pour finir la surprise ! la manufacture française de Châtellerault est sollicitée pour une commande de 500.000 fusils plus leurs baïonnettes pour la coquette somme de 12 millions de roubles-or. Le 21 octobre 1893, à l’occasion d’une visite de l’escadre russe à Toulon, un envoyé du Tsar vient inaugurer, à Chatellerault, la place de la Russie. Une cloche est offerte par l’Empereur à la Ville à la livraison du dernier fusil. Elle a été spécialement fondue à St Ptersbourg par la fonderie Orlow, pour marquer l’événement. J’ai personnellement vu cette cloche qui existe toujours, elle se trouve dans l’église St Jean l’Evangéliste.

La roue tourne

demonteLe temps passe, la guerre russo-japonaise 1904-1905, la guerre de 1914-1918 et la révolution soviétique nous amène très rapidement vers un nouveau conflit qui va une fois de plus ensanglanter le monde : la guerre de 1939-1945.

En 1941, sur le front de l’Est, les Allemands continuent de reculer, et notre fusil Nagant à faire du bon travail. Depuis sa création, en 1891, il n’a guère changé en 1944. La hausse est différente, les bagues qui tiennent le fût, le canon et le garde-main, sont légèrement moins sophistiqués.

Fiche technique du fusil 1891 de trois lignes d’infanterie
Calibre : 7,62 mm
Longueur totale : 1288 mm
Longueur du canon : 801 mm
Longueur avec la baïonnette : 1733 mm
Poids à vide : 4 kg
Capacité du magasin : 5 cartouches
Rayures : 4 au pas de 240 mm, profondeur 0,15 mm, largeur 3,81 mm
Pour la petite histoire:

Le Débarquement a réussi, les troupes alliées commencent à progresser en France. Pendant ce temps la guerre continue sur tous les fronts. A l’Est, les Mosin sont de tous les combats et il le resteront jusqu’à la fin du conflit. Après on les retrouvera encore pendant de longues années, affectés dans certaines unités, et dans tous les pays de l’union soviétique.

Le temps s’écoule inexorablement. Le 30 avril 1945, à Berlin, en plein combat, un petit groupe de soldats de l’armée rouge s’élance vers le Reichstag. Le soldat Egorov est le soldat Kantaria font flotter sur le haut de l’édifice très endommagé le drapeau rouge frappé en jaune de la faucille et du marteau. Il est aux environs de 18 h. Ce geste est le symbole de la victoire des soviétiques sur les armées nazies.

La vie parfois réserve des choses bizarres. En cet endroit du monde, un dictateur vient d’être vaincu par un pays communiste, à la politique des moins enviables, où la liberté et les droits de l’homme sont à chaque instant bafoués, ou des camps de déportation sont bien présents avec tout ce que cela comporte. Ce jour là, beaucoup d’Allemands ne pouvaient s’imaginer qu’ils venaient de tomber de Charybde en Scylla.

Le spécimen, témoin de cette époque, porte le n° 3044, a été fabriqué en 1943, il est frappé sur le tonnerre, de la faucille et du marteau, il n’a pas de marquage du lieu de sa fabrication. Son calibre est celui d’origine : 7,62 x 54R. Son tir est toujours excellent, ainsi que son état général. Vous pourrez en juger par vous-mêmes en regardant les photos. D’après la fiche technique, on s’aperçoit que cette arme de 1943 est plus courte que le modèle 1891.

Fiche technique du fusil 1891 de trois lignes de fabrication de 1943
Calibre : 7,62 mm
Longueur totale : 1230 mm
Longueur du canon : 730 mm
Poids à vide : 3,910 kg
Capacité magasin : 5 cartouches
Rayures : 4, profondeur : 0,10 mm, largeur : 3,80 mm

Article par: militaria_fan

Classé dessous: Armes, Militaria

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